Carbo vegetabilis
par E. A. Farrington — Matière médicale clinique
Référence historique pour les praticiens et les étudiants. Les déclarations ci-dessous reflètent l’enseignement homéopathique de l’auteur nommé et n’établissent pas l’efficacité d’un traitement. Ce texte ne constitue pas un avis médical et ne doit pas remplacer un diagnostic ou des soins appropriés.
LE GROUPE DU CARBONE.
Carbo animalis (contient du phosphate de chaux). Carbo vegetabilis (contient du carbonate de potasse). Graphites (contient du fer). Sulfate d’aniline. Carboneum (noir de fumée). Gaz de houille.
Disulfure de carbone.
Je vous invite ce matin à porter votre attention sur les médicaments obtenus à partir du groupe du carbone. Le carbone à l’état pur ne se rencontre que dans le diamant. Nous l’avons toutefois sous une forme relativement pure dans le noir de fumée, ou Carboneum. L’action du carbone diffère nécessairement quelque peu selon la source dont il est tiré. Hahnemann employait principalement trois carbones : Carbo animalis, Carbo vegetabilis et Graphites. Il tirait le premier du règne animal, le deuxième du règne végétal, tandis que le dernier était un produit artificiel que l’on trouvait principalement sur la paroi intérieure de grandes cornues de fer. Carbo animalis est obtenu surtout à partir des os. Il contient une certaine quantité de phosphate de chaux. Carbo veg. contient un peu de carbonate de potasse. Il est principalement obtenu à partir d’une variété de hêtre. Graphites est toujours contaminé par une quantité plus ou moins grande de fer. Vous voyez donc qu’il ne s’agit pas de carbones purs. J’ai également inscrit au tableau le sulfate d’aniline, qui se comporte comme un carbone et constitue un composé carboné. Nous avons encore Carboneum et l’oxyde de carbone. Le gaz carbonique ne semble pas posséder de propriétés médicinales actives. Il est peu toxique. Ses principaux effets nocifs résultent de la privation d’oxygène. L’oxyde de carbone est beaucoup plus toxique et provoque la mort non seulement par suffocation, en déplaçant l’oxygène indispensable, mais encore par une autre propriété remarquable. Il a la propriété particulière de déplacer l’oxygène du sang et d’y prendre sa place. Vous savez que l’oxygène est transporté dans le sang par les globules rouges. L’oxyde de carbone peut supplanter l’oxygène dans ces structures. Pendant un temps, il semble agir comme l’oxygène, mais ses propriétés toxiques se manifestent bientôt, avec toutes les conséquences inévitables de l’asphyxie. Le gaz de houille, que l’on obtient par combustion lente du charbon, ainsi que le gaz d’éclairage utilisé dans nos grandes villes, sont de cette nature. Ils produisent des effets graves lorsqu’ils sont inhalés en grande quantité, surtout lorsque le sujet est privé de l’air atmosphérique ordinaire. On dit que ce gaz de houille est utile dans le traitement de la coqueluche. Je n’ai connu qu’un seul cas ainsi traité, et le malade est mort. Le disulfure de carbone, qui a lui aussi fait l’objet d’une expérimentation pathogénétique, présente quelques symptômes précieux.
Toutes les substances carbonées possèdent certaines propriétés communes. Elles ont, par exemple, toutes tendance à remédier à la putrescence, aux écoulements ou exhalaisons putrides du corps et aux plaies fétides. Vous connaissez tous les propriétés mécaniques du charbon, son grand pouvoir absorbant et sa capacité à purifier l’atmosphère ou les substances en cours de décomposition. Le charbon animal, plus poreux, est à cet égard plus efficace que le charbon végétal. Si vous ensevelissez un rat ou une souris morte dans du charbon pendant plusieurs mois, vous ne trouverez au terme de cette période aucune odeur provenant de l’animal, mais seulement un squelette blanc et propre. Je tiens cependant à vous faire savoir que cette propriété n’est pas entièrement mécanique. Dans les dynamisations, elle peut s’observer sur l’organisme humain. Je ne veux certes pas dire que le charbon dynamisé empêchera l’odeur d’un animal en décomposition, mais j’affirme qu’à l’état dynamisé il exerce des effets analogues sur l’organisme humain.
Tous les carbones agissent également sur la peau, produisant des excoriations cutanées et de l’intertrigo. Ils affectent aussi les glandes, provoquant l’hypertrophie et l’induration des ganglions axillaires et d’autres ganglions lymphatiques, voire, dans le cas de Carbo veg. et de Carbo animalis, une hypertrophie et une infiltration cancéreuses. Ils affectent tous les muqueuses, produisant des catarrhes du nez, de la gorge et des poumons, ainsi que des intestins. Tous tendent à provoquer l’asphyxie. Nous l’observons de manière très nette chez Carbo veg., à un moindre degré chez Carbo animalis, et très fortement chez Aniline et Carboneum. Carboneum peut provoquer une asphyxie accompagnée de convulsions simulant celles de l’épilepsie. Le gaz de houille et l’oxyde de carbone sont eux aussi susceptibles de provoquer une dyspnée par privation d’oxygène. Nous constatons également que tous les carbones agissent sur les veines et produisent des varices. Tous tendent aussi à provoquer des flatulences. C’est l’une des raisons pour lesquelles je m’oppose à l’emploi du pain grillé dans l’alimentation des malades. Lorsque le pain est convenablement séché à cœur par une chaleur douce et continue, il est très bénéfique ; mais lorsqu’il est carbonisé, il tend à provoquer des flatulences. Les gaz sont fétides et ont une odeur d’œufs pourris.
Carbo veg. ↓ Kali c. Carbo veg. ↓ Phos.
Carbo Vegetabilis : Ars., China, Phos., Phos. ac. ; dans le collapsus — Camph., Veratr. alb. ; Caust., Kali c., Sulph. ; paralysie des poumons — Ant. tart., Ammon. c. ; Baryt. c., Mosch., Nitr. ac. ; Lauroc., Lach., Opium ; Bry., Nux v., Puls., etc.
Comme je vous l’ai déjà indiqué, Carbo veg. contient une certaine quantité de carbonate de potasse. Il convient aussi de noter que Kali carb. est complémentaire de Carbo veg., particulièrement dans les affections pulmonaires et pharyngées, ainsi que dans la dyspepsie. Carbo veg. est également complémentaire de Phosphorus, là encore dans les affections thoraciques, plus particulièrement au niveau de la gorge, ainsi que dans l’extrême débilité, surtout lorsqu’une paralysie générale menace de survenir à la suite d’une maladie grave. Le médicament est antidoté par Arsenicum et par Camphor, et entretient une relation d’inimitié avec Causticum. Cette relation d’inimitié entre Carbo veg. et Causticum est moins marquée que celle qui existe entre ce dernier médicament et Phosphorus.
Carbo veg. est spécialement indiqué chez les patients d’âge avancé et, par conséquent, affaiblis. Il convient aux personnes faibles et délicates, dyspeptiques de longue date, surtout lorsqu’elles ont malmené leurs organes digestifs par des excès.
Dans l’analyse du médicament, nous parlerons d’abord de ses effets sur le sang. Carbo veg. est indiqué dans des affections où le sang est nettement altéré, où sa composition est modifiée. Nombre de maladies relevant de Carbo veg. présentent un état septique manifeste, ou une véritable intoxication du sang. Le médicament est indiqué dans les hémorragies, et particulièrement dans les hémorragies de type adynamique très prononcé. Ainsi, nous l’administrons dans l’épistaxis, ou saignement de nez, lorsque le visage est pâle, creusé et presque hippocratique. Le sang coule sans interruption pendant des heures, parfois pendant des jours. Il est foncé et plutôt fluide. Ce tableau survient volontiers chez les personnes âgées et assez affaiblies, ainsi qu’au cours de la diphtérie. Vous trouverez des symptômes presque identiques sous Camphor et Mercurius cyanatus.
Carbo veg. est également indiqué dans les hémorragies pulmonaires, non seulement dans l’hémoptysie, mais aussi dans la bronchorragie. Dans ces cas, le patient souffre d’une grande anxiété, sans pourtant présenter d’agitation particulière. L’anxiété est très manifeste sur son visage et dans ses efforts respiratoires, mais il ne se tourne pas et ne se retourne pas continuellement. Il se plaint d’une douleur brûlante dans le thorax. Carbo veg. doit surtout être employé dans les cas très avancés de dégénérescence pulmonaire. Dans ces cas, le pouls est volontiers intermittent et filiforme. Le visage est pâle et souvent couvert de sueur froide. Le patient veut qu’on l’évente, parce que cela apporte davantage d’air aux poumons.
Ces mêmes symptômes indiquent Carbo veg. dans les hémorragies utérines, qu’il s’agisse de métrorragie ou de ménorragie. Les douleurs brûlantes y sont cependant très marquées : brûlure transversale du sacrum et de la partie inférieure de la colonne vertébrale. Si l’hémorragie se prolonge quelque peu, vous observerez les mêmes troubles thoraciques, avec la difficulté respiratoire mentionnée plus haut.
Vous constaterez ici que Carbo veg. agit de concert avec Cinchona et Arsenicum. Arsenicum est utile dans ces hémorragies persistantes de type adynamique, dépendant d’une dégénérescence de l’organe atteint. Arsenicum comme Carbo veg. présente ces violentes douleurs brûlantes. Sous Arsenicum, toutefois, vous trouvez — distinction valable dans tout son tableau — une irritabilité des tissus et aussi de l’esprit, ce qui n’est pas le cas de Carbo veg. Carbo veg. est un médicament torpide et lent, tandis qu’Arsenicum présente de l’irritabilité, une agitation incessante, de l’anxiété, etc.
Il faut aussi penser à Ipecacuanha dans les hémorragies, particulièrement les hémorragies pulmonaires et utérines, lorsque le patient prend de longues inspirations comme s’il haletait. À moins qu’il n’existe une phase de froid allant presque jusqu’au collapsus, vous pourrez préférer commencer par ce médicament plutôt que par Carbo veg. ou Cinchona.
Nous trouvons ensuite Carbo veg. utile dans les varices siégeant aux bras ou aux jambes, ou même sur les organes génitaux féminins. Ces varices tendent à s’ulcérer. Elles sont bleuâtres ou livides, comme si le sang y avait longtemps stagné. Dans ces ulcères variqueux, vous trouverez des symptômes très semblables à ceux des autres ulcères relevant de Carbo veg. : douleurs brûlantes ; aspect marbré de la peau entourant l’ulcère, comme si les petits capillaires s’étaient dilatés. On voit des ecchymoses sous la peau. Les ulcères ont un aspect nettement indolent.
Carbo veg. est également utile dans les ulcères non variqueux lorsqu’ils présentent un caractère adynamique très prononcé. Ce sont des ulcères plats, qui tendent davantage à s’étendre en surface qu’à pénétrer profondément dans le parenchyme d’un organe. Ils ne laissent pas écouler un pus sain, mais un liquide ichoreux, corrosif, fluide, brûlant et fétide. La brûlure est aggravée la nuit, prive le patient de sommeil et le maintient dans la torture pendant toute la nuit. Même dans les ulcères cancéreux et les squirrhes ulcérés, vous trouverez Carbo veg. utile.
Il peut également être administré dans l’anthrax, particulièrement lorsque les parties atteintes sont bleuâtres ou livides et que les écoulements sont fétides et associés à des douleurs brûlantes. Dans ces cas, il est de votre devoir non seulement de le donner par voie interne, mais aussi de l’appliquer extérieurement sous forme d’emplâtre. Il tend à empêcher la décomposition des liquides, assainit la plaie et prévient ainsi l’intoxication générale. Il en va de même pour la gangrène. Lorsque des anthrax ou des furoncles deviennent gangreneux, Carbo veg. peut être indiqué. Il se distingue alors d’Arsenicum par l’absence de cette agitation extrême.
Dans les états fébriles, Carbo veg. est utile pour les fièvres de type typhique et intermittent, pour le collapsus au cours de la fièvre et pour la fièvre jaune. Il prévient la fièvre jaune comme Sulphur prévient le choléra. Si toutes les déjections du patient sont enfouies dans du charbon, la propagation de la maladie sera certainement empêchée. Une fois la maladie pleinement établie, Carbo veg. ne serait pas plus utile que Sulphur au cours du choléra.
La fièvre intermittente dans laquelle vous pouvez employer Carbo veg. est de forme adynamique. Le cas est ancien et a été malmené par la quinine. Il y a soif pendant le frisson. Les pieds sont glacés jusqu’aux genoux. C’est un symptôme très caractéristique de Carbo veg. (Menyanthes est le médicament de la fièvre quarte lorsque les jambes sont glacées au-dessous des genoux.) Lorsque la chaleur arrive, elle se manifeste par des bouffées brûlantes. La sueur est soit aigre, soit extrêmement fétide en raison de l’altération des sécrétions cutanées. Pendant l’apyrexie, le patient est pâle et faible. La mémoire est faible ; l’esprit paraît embrumé. Le patient est manifestement abattu et mélancolique.
Dans la fièvre hectique, Carbo veg. est indiqué par des symptômes à peu près identiques à ceux que j’ai déjà mentionnés. Il est particulièrement utile dans la fièvre hectique dépendant d’une suppuration prolongée, que celle-ci soit due à un abcès du poumon, de l’articulation de la hanche ou du voisinage des vertèbres.
Vous savez que les abcès accompagnant les maladies de la colonne vertébrale peuvent devoir être ouverts. Les chirurgiens craignent parfois de le faire avant d’y avoir préparé l’organisme, parce que la réaction est si lente que l’intervention pourrait aggraver l’état du patient. Le danger lié à l’ouverture de ces abcès peut être considérablement réduit par l’emploi de Carbo veg. ou de Cinchona.
Vous pouvez employer Carbo veg. dans les collapsus de causes diverses. Il existe une nette insuffisance de chaleur vitale. Le nez, les joues et les extrémités sont froids. Même l’haleine peut être froide. Il est indiqué dans les derniers stades de la fièvre typhoïde ; après une perte prolongée de liquides vitaux, comme à la suite d’hémorragies durables ; pendant le choléra asiatique ; au cours de la pneumonie ; et, en fait, dans toute forme de maladie où apparaissent ces symptômes. Le corps semble glacé, surtout aux extrémités ; l’haleine est fraîche ; le pouls, filiforme, à peine perceptible et intermittent. Les lèvres peuvent être bleuâtres du fait de la cyanose. La respiration est très faible et superficielle ; le patient peut être conscient ou inconscient. Dans des cas précisément de cette sorte, Carbo veg. intervient comme un sauveur et arrache à la mort nombre de malades qui, autrement, succomberaient.
D’autres médicaments ressemblent à Carbo veg. dans le collapsus. Camphor lui est particulièrement semblable dans le choléra asiatique, mais il est plutôt indiqué au début du choléra, en l’absence de tout vomissement ou de toute diarrhée, lorsque le poison semble avoir déprimé ou sidéré le système nerveux, de sorte que le patient est glacé, avec la peau sèche ou couverte de sueur froide ; la langue est froide. S’il peut parler, c’est d’une voix aiguë ou haut perchée, ou bien d’une voix rauque et sans timbre. Dans ces cas, Camphor provoque très rapidement la réaction. Carbo veg. serait indiqué au stade ultérieur, lorsque la prostration résulte de l’épuisement de l’organisme par les évacuations intestinales.
Veratrum album ressemble également à Carbo veg. dans le collapsus. Il présente des crampes dans les mollets et, de façon caractéristique, une sueur froide sur le front.
Je désire maintenant dire quelques mots de l’action de Carbo veg. sur les glandes. Les glandes, surtout les glandes mammaires, deviennent indurées. Les glandes tuméfiées sont le siège de douleurs brûlantes, avec tendance à la suppuration. Lorsqu’elles suppurent effectivement, le pus évacué n’est pas de bonne nature.
Carbo veg. est indiqué dans les troubles catarrhaux provoqués par une atmosphère chaude et humide, comme celle que nous avons sous cette latitude lorsque soufflent des vents du sud-ouest ou du sud. Le patient est aggravé le soir. Il présente une aphonie qui revient régulièrement chaque soir, associée à une sensation d’écorchure descendant le long du larynx et de la trachée. Il existe une toux sèche et chatouilleuse, parfois nettement spasmodique.
Il est ici analogue à Phosphorus, qui le précède ou le suit souvent. L’aphonie de Phosphorus est associée à une sensation d’écorchure du larynx et s’aggrave le soir.
Dans l’aphonie matinale, Carbo veg. est plus étroitement apparenté à Sulphur, qui présente une perte de la voix, particulièrement le matin.
Causticum est encore un autre médicament concordant de Carbo veg. Il convient au catarrhe laryngé des chanteurs, avec voix rude et enrouée, associé à un catarrhe trachéo-bronchique, avec sensation d’écorchure et brûlure sous le sternum. Ce tableau se rencontre sous les deux médicaments. La différence principale est que l’enrouement de Causticum s’aggrave le matin, tandis que celui de Carbo veg. s’aggrave le soir. Causticum est aggravé par un temps sec et froid, et Carbo veg. par une atmosphère humide et chaude.
Un autre médicament est Eupatorium perfoliatum, que j’emploie pour l’enrouement accompagné d’un endolorissement du larynx, de la trachée et aussi des bronches. L’enrouement est aggravé le matin et s’associe volontiers à des douleurs dans tout le corps.
Carbo veg. peut également être employé dans l’asthme, particulièrement chez les personnes âgées et chez celles qui sont très affaiblies. Pendant la crise d’asthme, elles paraissent sur le point de mourir, tant leur respiration est oppressée. Elles sont grandement soulagées en éructant des gaz. Il est spécialement indiqué dans l’asthme réflexe dû à une accumulation de gaz dans l’abdomen.
Il peut aussi être employé lorsqu’une paralysie des poumons menace au cours de la fièvre typhoïde, après une pneumonie et chez les personnes âgées. Le « catarrhe paralytique » des vieillards appelle Carbo veg. Il existe des râles humides et gargouillants lorsque le patient tousse ou respire, symptôme marqué de l’emphysème. Les bronches sont fortement dilatées. Vous trouverez en outre du froid, des symptômes de collapsus, etc.
Dans l’emphysème, le médicament qui se rapproche le plus de Carbo veg. est Ammonium carb. Comme Carbo veg., il présente une intoxication du sang par l’acide carbonique, entraînant le froid, la coloration bleuâtre, etc., propres à cet état.
Lorsqu’une paralysie des poumons menace, il faut envisager un grand nombre de médicaments, dont je réserverai la plupart jusqu’à ce que nous en venions à Phosphorus, qui est très proche de Carbo veg. Vous devez également penser à Moschus et à Antimonium tartaricum.
Antimonium tartaricum convient lorsqu’on entend de forts râles dans le thorax. Il semble qu’une quantité immense de mucus y soit présente. Le patient peut à peine expectorer. Les extrémités sont froides et bleues en raison de la cyanose produite par l’intoxication du sang. Le patient devient bientôt somnolent et tombe dans un état stuporeux dont on peut le tirer, mais dans lequel il retombe aisément. Vous devez également penser à Antimonium tartaricum lorsque, au cours d’affections pulmonaires — qu’il s’agisse de bronchectasie ou d’un catarrhe thoracique chez l’enfant, situation dans laquelle il est particulièrement indiqué —, la toux cesse ou devient plus rare, sans que la production de mucus diminue pour autant. Votre oreille exercée, appliquée sur le thorax, y découvre une oppression tout aussi marquée, une exsudation tout aussi abondante et des gargouillements de mucosités tout aussi importants dans les poumons ; pourtant, l’enfant ne tousse plus aussi souvent. La mère pense que l’enfant va mieux. En réalité, il va plus mal, car les poumons perdent leur force.
Carbo veg. est un excellent médicament de la terrible dyspnée de l’aortite chronique, surtout lorsque le patient est devenu très anémique, hydropique, etc. Vous devez ici le comparer à Arsenicum, Cuprum et Lachesis.
Je veux encore parler de l’action de Carbo veg. sur l’estomac et les intestins. Nous le voyons rivaliser ici avec d’autres médicaments bien connus dans la dyspepsie ou l’indigestion, et particulièrement dans leurs formes adynamiques. Il est également indiqué contre les effets fâcheux des excès, de l’abus des plaisirs de la table, des vins, des liqueurs et de toutes sortes de débauches. Les excès peuvent produire précisément les symptômes appelant Carbo veg. : céphalée, particulièrement le matin lorsque le patient se réveille après avoir passé à festoyer la plus grande partie de la nuit ; céphalée sourde localisée à la partie postérieure de la tête, accompagnée d’une grande confusion mentale. Il y a dans la tête un bourdonnement ou un vrombissement, comme si un nid de frelons s’y était installé. Le patient se sent plus mal dans une pièce chaude. La douleur semble aussi partir de l’occiput, traverser la tête, puis gagner les yeux et s’étendre au-dessus d’eux, produisant dans cette région une douleur sourde, pesante et continue. Il existe des nausées et une faiblesse ressenties au niveau de l’estomac, généralement avec une sorte de malaise brûlant ressenti à l’épigastre. Le patient ne peut tolérer aucun aliment gras, qu’il s’agisse de viande, de sauce ou de friture. Il ne peut boire de lait, car celui-ci provoque des flatulences. Après avoir mangé, l’estomac paraît lourd, comme s’il était tiré vers le bas. L’abdomen est distendu par les gaz. Les éructations comme les borborygmes sont fétides. Les gaz éructés ont un goût rance. Parfois, ils ont un goût putride ; ceux qui sont évacués par les intestins ont une odeur nettement fétide. Le patient souffre de constipation avec hémorroïdes. Les hémorroïdes s’aggravent chaque fois qu’il se livre à une débauche ; suintement humide de l’anus ; périnée douloureux et prurigineux.* Elles font parfois saillie et sont bleuâtres, tant elles sont gorgées de sang. À d’autres moments, il présente une diarrhée matinale avec une selle aqueuse et fluide, accompagnée de grands efforts expulsifs. Carbo veg. est particulièrement indiqué ici après l’échec de Nux vomica. Le patient est maussade et s’emporte facilement. Il existe un vertige réflexe dû au trouble gastrique. Il est particulièrement aggravé après une débauche et après des excès de bonne chère. Ce vertige s’associe souvent à une syncope, surtout pendant les repas ou après avoir mangé.
- Périnée humide, à vif, suintant, etc. : Ammon. c., Alum., Natr. m., Carbo v., Nitr. ac., Graph. (ou crevassé), Sulph., Rhus tox., Arsenic, Ant. cr. (hémorroïdes muqueuses), Thuja (suintement fétide), Silicea (humide), Sulphuric acid, Capsic., Petroleum (voir aussi Fissures), Borax (suintement visqueux, purulent) ; Sepia (suintement).
Le médicament concordant le plus proche est ici Arsenicum. Les deux médicaments présentent des hémorroïdes bleuâtres et saillantes, une brûlure à l’épigastre, de l’anxiété et des troubles consécutifs à l’abus de boissons alcoolisées ; tous deux conviennent aussi aux effets fâcheux de la crème glacée et de l’eau glacée par temps chaud. La différence entre ces médicaments peut s’exprimer en quelques mots : Carbo veg. est torpide, Arsenicum toujours irritable ; des deux, Carbo veg. présente la brûlure la plus marquée, surtout dans les parties internes, comme l’estomac.
Nux vomica rejoint Carbo veg. dans les effets fâcheux des excès alimentaires et de la bonne chère. Comme je l’ai déjà dit, Carbo veg. intervient lorsque Nux a cessé d’agir. Le buveur relevant de Nux est maigre, sec, jaune et nerveux. Celui de Carbo veg. est lent, corpulent et paresseux.
Il nous faut ensuite distinguer Carbo veg. de Cinchona. Cela devrait être facile, car les deux médicaments ne se rencontrent que dans la dyspepsie flatulente et la débilité. Cinchona convient à une faiblesse fonctionnelle particulière, lorsque l’organisme est dévitalisé par la perte de liquides organiques. Carbo veg. est le meilleur médicament lorsque la débilité provient de causes organiques et que nous avons un tableau de collapsus avec visage hippocratique et froideur du corps, particulièrement des genoux. Ce dernier symptôme est une excellente indication de Carbo veg. Il peut survenir dans presque toute maladie. Les deux médicaments produisent de grandes flatulences. Cinchona ne présente cependant pas ces éructations rances accompagnées de brûlure. Les éructations soulagent temporairement les symptômes.
Lycopodium représente lui aussi parfaitement cet état de tympanisme. L’abdomen est énormément distendu. Voici la distinction à établir entre Lycopodium et Carbo veg. : Carbo veg. produit davantage de flatulences intestinales, Lycopodium davantage de flatulences gastriques. En outre, Carbo veg. produit des éructations rances ou l’émission de gaz fétides accompagnée d’un goût amer dans la bouche. Les éructations de Lycopodium s’accompagnent plutôt d’un goût aigre. Carbo veg. peut être indiqué dans la dysenterie. Il convient ici à des cas très graves. Il existe des douleurs brûlantes situées profondément dans l’abdomen, habituellement au niveau de l’une ou l’autre courbure du côlon. L’abdomen est très distendu et tympanique. Le pouls est faible et intermittent. Les évacuations intestinales sont horriblement fétides, brunes, aqueuses et d’aspect glaireux. Vous voyez à quel cas désespéré nous avons affaire, un cas exigeant une grande habileté dans la prescription. Vous devez distinguer Carbo veg. de deux autres médicaments : Arsenicum et Cinchona.
Arsenicum est utile lorsqu’existe, comme je l’ai dit, cette irritabilité des tissus. Les patients sont tout aussi malades et tout aussi proches de la mort que le patient de Carbo veg., mais ils sont agités, se plaignent d’une soif brûlante et présentent pourtant une intolérance à l’eau. Sous les deux médicaments, les évacuations intestinales ont à peu près le même caractère. Arsenicum ne présente toutefois pas une distension tympanique aussi marquée de l’abdomen.
Cinchona et Carbo veg. sont également semblables dans ces cas. Tous deux présentent ces évacuations liquides, foncées et fétides, la distension de l’abdomen, une grande faiblesse et un visage hippocratique. Sous Cinchona, toutefois, chaque tentative pour manger ou boire provoque une évacuation intestinale. Les éructations n’apportent qu’un soulagement temporaire. En outre, les gaz ne sont pas aussi fétides que sous Carbo veg., et les douleurs brûlantes ne sont pas aussi marquées que sous Carbo veg. ou Arsenicum.