Ignatia

par James Tyler KentLeçons de matière médicale homéopathique

Ignatia - LEÇONS SUR LA MATIÈRE MÉDICA HOMŒOPATHIQUE par JAMES TYLER KENT, A.M., M.D.

LEÇONS SUR LA MATIÈRE MÉDICA HOMŒOPATHIQUE

Ancien professeur de matière médicale au
Hering College, Chicago.

Ignatia

Ignatia est fréquemment indiquée et convient tout particulièrement aux femmes et aux enfants sensibles, délicats; aux femmes hystériques. Vous ne guérirez pas les hystériques de nature avec Ignatia, mais vous guérirez avec Ignatia, dans leurs troubles nerveux, ces femmes douces, sensibles, à fibre fine, raffinées, très instruites, surmenées, lorsque leurs plaintes revêtent des symptômes semblables à ceux qui surviennent dans l'hystérie.

Diathèse hystérique
:
La diathèse hystérique est quelque chose de très singulier et difficile à comprendre.

Mais une femme, lorsqu'elle est surmenée, surexcitée et émotive, fera des choses qu'elle-même ne peut s'expliquer. Sous l'effet de son excitation, elle agit comme si elle était folle. Elle fait des choses qu'elle regrette, tandis que l'hystérique véritable en est toujours satisfaite. Quelle que soit la sottise de sa conduite, elle n'a fait qu'une scène dont elle est fière. Mais nos efforts s'adressent à celles qui les imitent inconsciemment. À celles qui veulent bien faire.

Une femme a subi une querelle à la maison. Elle a été bouleversée, elle est excitée, et la voilà prise de crampes, elle tremble et frissonne. Elle se couche avec un mal de tête. Elle se sent malade. Ignatia sera son remède. Lorsqu'elle éprouve une grande détresse; des affections non partagées. Une jeune fille sensible et nerveuse découvre qu'elle a mal placé ses affections; le jeune homme l'a déçue; elle est prise d'une crise de larmes, a mal à la tête, tremble, est nerveuse, insomniaque; Ignatia la rendra philosophe et raisonnable.

Une femme perd son enfant, ou son mari. C'est une femme sensible, délicate, et elle souffre de ce chagrin. Elle a des céphalées, tremble, est excitée, pleure, est insomniaque; incapable de se maîtriser. Malgré tous ses efforts, son chagrin l'a littéralement mise en pièces. Elle est incapable de dominer ses émotions et son excitation.

Ignatia l'apaisera et lui fera passer le moment présent. Dans tous ces cas où ces états provoqués par de tels chagrins reviennent sans cesse, où votre malade y pense continuellement, rumine la cause, et où l'état se reproduit, Natrum mur. achèvera le cas.

Il lui redonnera du ressort et l'aidera à supporter ses souffrances. Particulièrement utile chez les constitutions surmenées par les études, les sciences, la musique, l'art. Il est naturellement habituel que les jeunes filles très sensibles se tournent vers les arts, tels que la musique, la peinture, etc.

Une jeune fille revient de Paris après plusieurs années d'application assidue à sa musique. Elle est incapable de faire quoi que ce soit. Elle s'effondre complètement. Le moindre bruit la trouble. Elle ne peut pas dormir la nuit. Excitable, insomniaque, elle tremble, a des secousses, des crampes musculaires; elle pleure sous l'effet de l'excitation, et au moindre mot qui la contrarie. Ignatia la relèvera merveilleusement.

Parfois, cela complétera tout le cas. Mais, surtout chez ces jeunes filles hypersensibles, Natrum mur. est très souvent le remède chronique. C'est le chronique naturel d'Ignatia. Lorsque les troubles reviennent sans cesse, et qu'Ignatia arrive à un point où il ne soutient plus durablement.

Autre situation où Ignatia et Natrum mur. se touchent de près. Une jeune fille sensible, épuisée, après avoir travaillé dans la musique, dans l'art et à l'école, après s'être fatiguée à l'excès, devient incapable de maîtriser ses affections. Ses affections se portent sur quelqu'un qu'elle mépriserait. Cela peut paraître singulier; on peut ne pas le comprendre.

Une jeune fille sensible, bien qu'elle ne le laisse savoir à personne sauf à sa mère, tombe amoureuse d'un homme marié. Elle reste éveillée la nuit, sanglote. Elle dit,

"Maman, pourquoi est-ce que je fais cela ? Je ne peux pas chasser cet homme de mon esprit."

D'autres fois, c'est un homme tout à fait en dehors de sa condition, avec lequel elle est trop raisonnable pour avoir quoi que ce soit à faire; pourtant elle ne pense qu'à lui. Ignatia, si c'est tout récent, rééquilibrera l'esprit de cette jeune fille. Sinon, Natrum mur. intervient comme remède de suite. Nous ne connaissons pas la moitié de ce que nous croyons connaître de l'esprit humain. Nous n'en connaissons que les manifestations.

Ces petites choses appartiennent à cette sphère d'action du médicament. Celui qui connaît la Matière médicale l'applique dans toute son étendue et y voit ce qui est semblable.

Ignatia donne des frémissements dans les membres. Excitation nerveuse, tremblante.

"Faiblesse du corps survenant subitement.

Débilité hystérique et accès syncopaux.

Syncope dans une foule."

Il est particulièrement utile chez les sujets larmoyants, nerveux, tristes, cédants, sensibles.

"Secousses et tressaillements.

Tressaillements convulsifs."

Les enfants sont pris de convulsions pendant le sommeil après avoir été punis.

"Convulsions chez les enfants dans la première période de la dentition.

Spasmes chez les enfants à la suite d'une frayeur."

L'enfant est froid et pâle, avec un regard fixe, écarquillé, comme Cina.

"Convulsions avec perte de connaissance.

Convulsions violentes.

Convulsions tétaniques.

Tétanos après frayeur.

Chorée émotionnelle.

Après frayeur, ou chagrin."

Jeunes filles choréiques. Épilepsie émotionnelle, ou manifestations épileptiformes. Faiblesse paralytique.

"Grande émotion psychique."

Allaitement; veilles nocturnes. Perte de l'usage d'un bras, avec une paralysie aussi complète que si elle provenait d'une hémorragie cérébrale. En quelques heures cela disparaît, et le bras redevient parfaitement normal. C'est une paralysie hystérique.

"Engourdissement d'un bras ou de l'autre.

Fourmillements et picotements dans le bras."

Ignatia est plein de surprises. Si vous connaissez bien la maladie, si vous connaissez bien les états pathologiques et leurs manifestations, vous pouvez alors dire si vous devez ou non être surpris. Vous pouvez alors dire ce qui est naturel, ce qui est commun dans la maladie. Dans Ignatia, vous trouvez ce qui n'est pas naturel, et ce qui est inattendu.

Vous voyez une articulation enflammée, ou une partie enflammée où il y a chaleur, rougeur, battements et faiblesse; vous l'examinerez avec grand soin, craignant qu'elle soit douloureuse. D'ordinaire, vous avez parfaitement le droit de vous attendre à ce qu'elle soit douloureuse. Mais vous constatez qu'elle ne l'est pas, et qu'elle est parfois améliorée par une forte pression. N'est-ce pas surprenant ?

Vous regardez dans la gorge. Elle est tuméfiée, enflammée, rouge; la malade se plaint d'un mal de gorge et de douleur. Naturellement, vous n'y toucherez pas avec votre abaisse-langue, de peur de lui faire mal.

Vous avez toute raison de supposer que l'ingestion de solides sera douloureuse. Mais vous demandez à la malade quand la douleur est présente, et elle vous dira :

"Quand je n'avale rien de solide."

La douleur est améliorée par l'ingestion de n'importe quel solide, par la pression. Elle fait mal à tous les autres moments. Mentalement, la malade fait les choses les plus inexplicables et les plus inattendues. Elle semble n'obéir à aucune règle, sans philosophie, sans équilibre d'esprit et sans jugement. On trouvera donc l'opposé de ce qu'on attendrait.

La malade est mieux couchée sur le côté douloureux. Loin d'augmenter la douleur, cela la soulage.

"Douleur comme un clou enfoncé dans le côté de la tête."

Le seul soulagement ressenti vient du fait de se coucher dessus ou d'appuyer dessus, et cela la fait disparaître.

Estomac
: L'estomac est tout aussi étrange dans ses troubles digestifs. Un jour ou l'autre, vous aurez une patiente bizarre, qui vomit tout ce qui entre dans l'estomac, et vous lui ferez essayer une alimentation légère, un peu de pain grillé, et les choses les plus simples possibles, parce qu'elle vomit depuis des jours et que l'on commence à s'inquiéter de peur qu'elle ne meure de faim.

Vous essayez ceci, vous essayez cela, et elle ne peut rien garder. Finalement, elle dit,

"Si seulement je pouvais avoir un peu de salade de chou et des oignons hachés, je crois que je m'en tirerais très bien."

C'est un estomac hystérique, et la malade mange un peu de chou cru et quelques oignons hachés, et à partir de ce moment elle va bien.

Ces choses étranges, d'ordinaire difficiles à digérer, améliorent les nausées au lieu de les augmenter. Tandis que le lait, le pain grillé, les aliments délicats et les aliments chauds, tels qu'on les donne habituellement, troublent l'estomac et augmentent les nausées. Les aliments froids sont désirés, et les aliments froids seront digérés alors que les aliments chauds troubleront et produiront une indigestion.

Toux
: La toux présente des caractères semblables. En règle générale, une irritation survient dans la gorge; c'est pourquoi les gens toussent.

On tousse à cause d'une cuisson dans le larynx et la trachée, d'une irritation, d'un chatouillement, d'une sensation de plénitude ou d'un besoin d'expulser quelque chose, et cela est amélioré par la toux.

Mais lorsque l'irritation du larynx et de la trachée survient chez la malade Ignatia, vous retrouvez encore l'inattendu; car plus elle tousse, plus l'irritation qui pousse à tousser se manifeste, jusqu'à ce que l'irritation soit si grande et la toux si forte qu'elle entre en spasmes. On a observé chez une malade Ignatia que plus elle toussait, plus l'irritation à tousser augmentait, et elle était ruisselante de sueur, assise dans son lit, sa chemise de nuit trempée, ayant des haut-le-cœur, toussant et faisant des efforts de vomissement, couverte de sueur et épuisée.

Quand on vous appelle au chevet d'une telle malade, n'attendez pas. Vous ne pouvez pas la faire cesser de tousser assez longtemps pour qu'elle vous en dise quoi que ce soit; vous verrez seulement que la toux est devenue plus violente; Ignatia l'arrête aussitôt. Sans la moindre provocation, un état spasmodique surviendra dans le larynx.

Le moindre trouble, un trouble psychique, une frayeur, une détresse ou une contrariété, ramènera une jeune femme sensible chez elle et au lit, et elle sera prise d'un spasme du larynx. C'est un laryngismus stridulus qu'on entend dans toute la maison. Ignatia l'arrête aussitôt (Gelsemium, Moschus).

Esprit
: Les affections nerveuses et les troubles de toute sorte surviennent à la période menstruelle. L'esprit est toujours pressé, dans un état d'excitation.

Personne ne peut faire les choses assez vite. La mémoire est peu sûre. L'esprit se désagrège complètement. C'est une sorte de confusion. Elle n'est plus capable de classer les choses autrefois méthodiquement rangées dans son esprit. Elle ne peut plus se souvenir de sa musique, de ses règles et de ses méthodes scolaires. Tout a disparu, et elle est dans un état de confusion. C'est une personne nerveuse, usée.

Puis viennent des imaginations, des imaginations vives, qui ressemblent à un délire. Sans fièvre, sans frisson, juste après l'excitation. Elle rentre chez elle après un grand bouleversement de ses émotions, et tombe dans un état qui, considéré per se, paraîtrait être un délire semblable à celui d'une fièvre. Mais, à l'examen attentif, ce n'est pas un délire. C'est une excitation hystérique momentanée de l'esprit, dans laquelle l'équilibre est perdu, et elle parle de tout.

Elle voit toute sorte de choses; c'est une folie hystérique, parce qu'après le repos, ou le lendemain matin, tout a disparu. Mais une fois commencés, ces accès reviennent de plus en plus souvent, elle s'y abandonne de plus en plus aisément, et, s'ils ne sont pas corrigés, elle devient aliénée, une épave mentale confirmée, si bien que l'excitation, le chagrin et la folie s'entremêlent comme cause et effet. Cela survient d'abord à la période menstruelle, puis à d'autres moments, jusqu'à venir du moindre trouble. Chaque fois qu'on la contrarie ou qu'on la contredit.

"Elle désire être seule et ruminer les contradictions qui entrent dans sa vie.

S'assied et sanglote.

Par moments elle est taciturne; à d'autres, elle babille, devient loquace et se parle à elle-même."

Au bout d'un certain temps, elle entre dans un état où elle prend plaisir à provoquer ses crises et à faire peur. L'hystérique naturelle naît ainsi, et Ignatia ne lui fera aucun bien. Mais lorsque cet état est amené par les conditions décrites, Ignatia est du plus grand secours. Cela marche de très près à côté de Hyoscyamus.

"Sensation de frayeur continue, ou appréhension qu'il va arriver quelque chose."

Avec tous ces états mentaux, elle éprouve une sensation de vide dans l'estomac et l'abdomen. Vide et tremblement.

"Mélancolie après amour déçu, avec symptômes rachidiens,"

"Grand chagrin après la perte de personnes ou d'objets très proches.

Le tremblement des mains la gêne beaucoup pour écrire.

Crainte de la moindre bagatelle."

Elle arrive à un état où elle est tout à fait incapable d'entreprendre quoi que ce soit, même d'écrire une lettre à une amie.

La malade Ignatia n'est pas une simple d'esprit, ni un esprit lent, ni une idiote, mais quelqu'un qui s'est fatigué et a été amené à cet état par excès d'activité et par surexcitation. À force de trop courir. Si elle est plutôt faible de corps, par trop d'excitation mondaine. Notre état social actuel est tout à fait propre à développer un esprit hystérique. L'esprit social caractéristique est toujours dans un état de confusion. Il pose des questions sans attendre la réponse.

Bon nombre de remèdes présentent cet état; un manque de concentration de l'esprit, voilà ce que c'est, mais il s'agit ici d'un manque de concentration d'un genre particulier. Crainte, peur, angoisse, pleurs, parcourent tout le remède.

"Disposition sensible; hypersensible."

Surmenage intense. Ignatia a encore ceci :

"Elle pense avoir négligé quelque devoir."

Cela ressemble beaucoup à Puls., Hell. et Hyos., sauf qu'Aurum croit avoir commis un grand tort.

"Elle pense avoir négligé quelque devoir."

Elle y revient beaucoup.

"Mélancolie après un grand chagrin."

Il est rempli de céphalées, et elles sont toutes congestives, céphalées pressives, ou céphalées déchirantes, ou céphalées comme si un clou s'enfonçait dans le côté de la tête ou dans la tempe; améliorées en se couchant dessus. Les céphalées sont toutes améliorées par la chaleur. La malade, en général, est améliorée par la chaleur et aggravée par le froid. Elle désire des choses froides pour l'estomac, mais de la chaleur extérieurement. Céphalées avec secousses, céphalées pulsatives, céphalées congestives.

Céphalées chez les tempéraments nerveux et sensibles. Chez ceux dont le système nerveux a cédé à l'angoisse, au chagrin ou au travail intellectuel.

"Céphalées par abus de café, par le fait de fumer, par inhalation de fumée, par le tabac ou l'alcool."

Céphalée par attention soutenue.

"Céphalée améliorée par la chaleur et le repos; pire par les vents froids et en tournant brusquement la tête; pire en poussant à la selle, ou par secousse, par empressement, par excitation."

Regarder vers le haut augmente la douleur; le mouvement des yeux aussi; pire par le bruit, par la lumière.

"Douleur dans l'occiput; pire par le froid, mieux par la chaleur extérieure.

Céphalée mieux pendant qu'elle mange, mais bientôt après elle est pire."

"Troubles de la vision.

Zigzags.

Vision confuse."

Yeux d'une sensibilité nerveuse excessive.

"Larmes âcres.

Larmoiement."

Face
: La face est déformée, convulsée, pâle et maladive. Douleurs dans la face.

"Violentes douleurs tiraillantes, déchirantes dans la face."

Permettez-moi de le dire ainsi : certaines de ces jeunes filles surmenées qui reviennent de Paris, que j'ai décrites, surmenées par leur musique, auront de violentes douleurs faciales, des douleurs dans la face, ou d'autres douleurs hystériques. D'autres reviendront avec de violentes céphalées; d'autres avec l'état mental et la confusion; d'autres encore avec toutes les manifestations hystériques.

Excitation prolongée. Excès musicaux. Oui, d'autres jeunes filles reviennent presque estropiées, avec menstruations douloureuses, douleurs ovariennes, états hystériques, déplacements; prolapsus du vagin et du rectum.

"Douleurs déchirantes, lancinantes, remontant de l'anus et du vagin vers l'intérieur du corps, en direction de l'ombilic."

D'étranges antipathies parcourent tout le remède. Il vous sera impossible de jamais conclure d'avance ce que l'une de ces femmes sensibles pensera d'une proposition qui lui est faite. Vous ne pouvez pas compter sur son bon sens ni sur sa rationalité.

Il vaut mieux dire le moins possible, sur quoi que ce soit. Ne faites pas de promesses, écoutez, prenez un air entendu, reprenez votre sac de voyage et rentrez chez vous après avoir prescrit, parce que tout ce que vous direz sera déformé. Il n'est rien que vous puissiez dire qui lui plaise.

Soif là où vous ne l'attendriez pas. Soif pendant le frisson, mais aucune pendant la fièvre, si elle présente un état fébrile. Il convient à la fièvre intermittente. Enfants excitables, nerveux, et femmes atteints de fièvre intermittente.

Copyright © Robert
Séror 2000

Mise en page Copyright © Sylvain Cazalet 2000

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